Starfield vous place dans la peau d'un mineur ou d'une mineuse spatiale anonyme qui, en ramassant un artefact mystérieux sur un astéroïde paumé, déclenche une vision et se retrouve happé dans les rangs de Constellation, une organisation d'explorateurs quasi religieuse obsédée par la collecte de ces mêmes artefacts. L'intrigue principale déroule ensuite une enquête cosmique sur l'origine de l'univers et le sens de l'existence humaine, un sujet ambitieux que Bethesda traite avec un sérieux presque trop appliqué, loin de l'irrévérence de Fallout ou du folklore nordique de Skyrim. Le contraste est frappant avec Mass Effect ou même The Witcher 3 : là où CD Projekt RED construisait une galerie de personnages secondaires inoubliables autour de Geralt, Starfield mise sur des compagnons de Constellation plus lisses, plus consensuels, façon casting de série Netflix familiale. Les dialogues restent fonctionnels mais rarement mémorables, et l'écriture, bien que solide sur le papier, souffre d'un mal chronique chez Bethesda : celui de raconter un univers immense via des textes de terminaux et des notes éparpillées plutôt que par la mise en scène. Les quêtes annexes, en revanche, tirent souvent leur épingle du jeu, notamment celles liées aux factions comme le Crimson Fleet ou Ryujin Industries, qui offrent des embranchements moraux plus tranchés que la trame principale. On sent une volonté de traiter des thèmes universels — la foi, la science, la mortalité — mais le systémique prend souvent le pas sur l'intime, un peu comme si le studio avait peur de trop s'attarder sur une poignée de personnages plutôt que sur mille systèmes solaires. Comparé à Spiritfarer, qui distille son émotion via des mécaniques simples et des dialogues ciselés, Starfield paraît parfois froid, presque clinique dans sa manière d'aborder des sujets pourtant profonds. Ce n'est pas un mauvais scénario, loin de là, mais ce n'est clairement pas le point fort du jeu, et il faut l'accepter avant de s'engager dans l'aventure.
Concrètement, votre journée type dans Starfield ressemble à ceci : vous atterrissez sur une planète depuis l'espace via un menu de sélection (pas de vol atmosphérique libre, contrairement à ce que certains attendaient), vous explorez à pied une zone générée ou pensée à la main selon les cas, vous scannez de la faune et de la flore pour la recherche, vous fouillez des points d'intérêt souvent recyclés d'une planète à l'autre, puis vous repartez. J'ai passé une soirée entière à cartographier un système avec cinq lunes juste pour le plaisir de la collecte de ressources, avant de réaliser que trois de ces lunes proposaient exactement la même structure abandonnée avec les mêmes ennemis spatiaux. C'est là le cœur du problème et de la promesse : mille planètes, c'est vertigineux sur le papier, mais la majorité sont vides ou procédurales, et seule une poignée de mondes clés bénéficie d'un level design pensé à la main, façon Cité Neon ou Akila City. Le système de combat, lui, a fait d'énormes progrès par rapport à Fallout 4 : les fusillades sont nerveuses, la gestion de l'apesanteur en extérieur ou en combat spatial ajoute une vraie couche tactique, et le end-game permet de composer des builds hybrides entre furtivité, tech et combat rapproché grâce à un arbre de compétences dense. La construction de vaisseaux, elle, constitue clairement le morceau de bravoure du titre : j'ai personnellement passé plus de dix heures cumulées à assembler des coques sur mesure, module par module, jusqu'à obtenir un vaisseau capable d'encaisser des pirates de classe C sans sourciller. Les combats spatiaux, avec gestion des boucliers par quadrant et répartition de l'énergie entre moteurs, armes et boucliers, rappellent les meilleures heures de Star Citizen en plus accessible. L'artisanat d'objets, la construction d'avant-postes et le système d'outposts reliés par des lignes logistiques automatisées ajoutent une couche de gestion façon Stardew Valley version spatiale, avec cette même satisfaction de voir une base grandir. Le New Game+ change également la donne narrative en introduisant une mécanique de boucle temporelle façon multivers qui, sans trop en dévoiler, renouvelle intelligemment l'intérêt d'une deuxième ou troisième partie. Enfin, l'inventaire, souvent critiqué à raison, reste une purge ergonomique typique de Bethesda, avec une limite de poids frustrante qui vous oblige à des allers-retours réguliers vers votre vaisseau.
Visuellement, Starfield adopte une esthétique rétro-futuriste très marquée, entre Apollo des années 70 et science-fiction analogique façon 2001 : L'Odyssée de l'espace, un choix qui tranche agréablement avec le techno-futurisme aseptisé de nombreux autres jeux spatiaux. Les intérieurs de vaisseaux, les combinaisons spatiales et les architectures urbaines de villes comme New Atlantis dégagent une vraie personnalité, avec des palettes chromatiques chaudes qui évitent l'écueil du tout-gris-métallique. Les visages des personnages restent en revanche le talon d'Achille habituel du moteur Creation Engine 2 : animations faciales rigides, regards parfois vitreux, un contraste criant avec la qualité des décors et des vaisseaux. Les ciels étoilés et les levers de soleil sur certaines planètes rocheuses ou glacées offrent de vrais moments de contemplation, sublimés par une direction artistique qui privilégie l'ambiance à la performance technique brute. On est loin du photoréalisme d'un Alan Wake 2, mais la cohérence stylistique globale, elle, fonctionne remarquablement bien et donne au jeu une identité visuelle propre, reconnaissable entre mille. Les décors urbains denses de Néon, ville cyberpunk flottante, apportent un contrepoint bienvenu à l'aridité des paysages désertiques qui composent la majorité des mille planètes explorables.
Parlons cash, car c'est souvent le nerf de la guerre pour un achat éclairé. Sur PC, Starfield a connu un lancement compliqué, avec des textures d'intérieur écrasées, un plafond de 30 FPS via VSync sur certaines configurations et une absence de plein écran exclusif à la sortie, un problème récurrent chez Bethesda déjà pointé sur Hogwarts Legacy par ailleurs. Sur Xbox Series X, le jeu tourne en 30 FPS constants sans mode performance dédié, un choix qui a fait grincer des dents une partie de la communauté habituée au 60 FPS sur les productions récentes. J'ai personnellement traversé plusieurs plantages sur PS5 Pro lors de tests d'exploration spatiale intensive, la console rendant l'âme après un enchaînement trop rapide de sauts entre systèmes solaires. Le mode Graphismes sur PS5 Pro souffre de saccades notables dès que l'on sort en extérieur, tandis que le mode Performance privilégie la fluidité au détriment du détail visuel — mon conseil, après plusieurs dizaines d'heures comparatives, c'est d'activer la synchro verticale avec le mode Graphismes pour un rendu plus stable en intérieur. Les temps de chargement, eux, restent le point noir numéro un : chaque entrée de bâtiment, chaque décollage, chaque saut spatial s'accompagne d'un écran de chargement, ce qui casse littéralement l'immersion façon monde ouvert continu à laquelle Bethesda nous avait habitués. Côté bugs, la situation s'est nettement améliorée depuis les nombreux patchs post-lancement et l'arrivée de l'extension Shattered Space, avec moins de quêtes bloquantes et une IA légèrement plus cohérente, même si des choses comme la gestion des PNJ en pleine fusillade urbaine restent perfectibles. Le jeu ne plante quasiment jamais après une trentaine d'heures de jeu stable sur PC équipé correctement, mais reste capricieux sur configurations modestes ou consoles less-powerful.
La bande originale composée par Inon Zur constitue une vraie réussite, portée par des cuivres amples et des nappes synthétiques qui évoquent à la fois l'âge d'or de la science-fiction et une mélancolie spatiale bien dosée. Le sound design des vaisseaux, des armes à énergie et des combats en apesanteur bénéficie d'un vrai soin, avec des basses qui claquent et une spatialisation convaincante en casque. Le doublage français, disponible et globalement de bonne facture, souffre parfois d'un jeu d'acteur un peu plat sur les PNJ secondaires, sans jamais devenir gênant. Les ambiances sonores des différentes planètes, du silence oppressant des mondes stériles aux bourdonnements industriels de Néon, participent activement à l'identité de chaque lieu visité.
Selon mon propre compteur et les retours croisés de la presse spécialisée, la quête principale se boucle en une trentaine d'heures, mais la véritable expérience Starfield se savoure sur la durée : jeuxvideo.com évoque un test mené sur 75 heures pour terminer la quête principale, enchaîner plusieurs quêtes annexes et entamer un New Game+, et personnellement j'ai dépassé la centaine d'heures sans avoir épuisé le contenu des factions. Le contenu annexe est colossal : quêtes de factions multiples, avant-postes à construire et gérer, vaisseaux à personnaliser de fond en comble, artisanat d'armes et d'armures, exploration procédurale infinie si vous aimez le farming de ressources. L'extension Shattered Space, sortie en 2024, ajoute une nouvelle planète façon monde ouvert dense centrée sur la secte de la maison Va'ruun, avec une intrigue plus resserrée et mieux rythmée que la campagne de base selon plusieurs retours critiques. La rejouabilité est réelle grâce au New Game+ qui modifie subtilement les règles du jeu à chaque boucle, un peu comme un multivers narratif qui récompense les joueurs les plus assidus. Comptez large si vous êtes du genre à tout looter : plusieurs centaines d'heures sont largement atteignables pour les complétionnistes purs et durs.
La comparaison la plus évidente reste The Witcher 3, non pas dans la structure de jeu mais dans l'ambition narrative : là où CD Projekt RED réussissait à marier monde ouvert continu et écriture ciselée, Bethesda sacrifie la continuité géographique au profit de la variété thématique des environnements, un choix qui divise. Face à No Man's Sky, autre poids lourd de l'exploration spatiale procédurale, Starfield propose un gameplay au sol nettement plus riche en quêtes scénarisées et en systèmes de progression RPG, mais s'avère bien moins généreux dans la diversité visuelle des planètes générées, qui finissent par se ressembler après quelques dizaines d'heures. Le vrai point de comparaison honnête reste Fallout 4 et Skyrim eux-mêmes : Starfield hérite de leurs forces (systémique riche, modding à venir, liberté de choix) mais aussi de leurs faiblesses chroniques (animations rigides, IA datée, interface austère), sans avoir su totalement moderniser la formule pour la nouvelle génération de consoles. C'est un jeu profondément conservateur dans son approche du design, presque nostalgique d'une époque où le RPG occidental à la Bethesda régnait sans partage, ce qui explique en partie pourquoi certains joueurs habitués à Baldur's Gate 3 ou Cyberpunk 2077 ont pu se sentir déçus par le classicisme de la proposition.
Starfield est un jeu profondément clivant, et c'est précisément ce qui en fait un objet culturel fascinant à décortiquer. Si vous êtes fan de longue date de Bethesda, si vous aimez perdre des heures à optimiser un vaisseau ou fouiller le moindre recoin d'un avant-poste, ce jeu est une véritable caverne d'Ali Baba qui vous occupera plusieurs centaines d'heures sans forcer. En revanche, si vous cherchez une narration dense et continue façon Witcher 3 ou une aventure spatiale fluide sans coupure façon No Man's Sky, vous risquez fort de vous heurter aux limites structurelles du titre, entre chargements omniprésents et planètes qui finissent par se répéter. Je recommande sans hésiter ce jeu aux amateurs de systémique et de liberté de choix, mais je préviens honnêtement les joueurs en quête d'une expérience narrative resserrée qu'ils risquent la frustration. Après plus de cent heures de jeu et un New Game+ entamé, mon avis reste nuancé mais globalement positif : Starfield n'est pas le messie du space opera qu'on nous avait vendu, mais c'est un bac à sable spatial d'une richesse rare une fois qu'on accepte ses règles du jeu. Prenez le temps de vous y plonger sur la durée avant de juger, car c'est un jeu qui se révèle vraiment après la trentième heure, pas avant.
