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Test Mortal Shell II — la suite qui ose défier Elden Ring sur son propre terrain

⚡ il y a 51j 🖥️ PC/PS5/Xbox Series ✍️ Léa Martinez 8.2/10
📖 INTRODUCTION
J'ai allumé Mortal Shell II un dimanche soir, sans grande attente, le souvenir du premier épisode encore un peu tiède dans un coin de ma mémoire. Trente heures plus tard, je regardais l'écran de fin avec cette sensation rare qu'on n'a que devant les vraies bonnes surprises : celle d'avoir sous-estimé un studio qu'on pensait cantonné à un rôle de faire-valoir dans l'ombre des mastodontes du genre. Ce qui change concrètement pour vous, joueurs de Soulslike blasés par les clones qui se ressemblent tous, c'est que Cold Symmetry a enfin trouvé sa voix. Fini le sentiment d'un jeu qui copie sans digérer : ici, chaque système a été repensé pour raconter quelque chose de précis sur ce que ça fait d'habiter un corps qui n'est pas le sien. J'ai erré dans des cimetières gelés, possédé des cadavres de guerriers aux souvenirs fragmentaires, et je me suis surpris à ressentir une empathie inattendue pour des enveloppes de chair qui ne devraient logiquement inspirer que du dégoût. C'est ce genre de sensation, rare et précieuse, qui justifie qu'on prenne le temps d'en parler sérieusement.
▸ HISTOIRE ET NARRATION

Mortal Shell II vous met dans la peau du Messager, une entité chargée de récupérer des œufs dérobés à la Submatria, désormais gardés par des créatures grotesques qui hantent un monde en pleine décomposition. Le pitch de base semble minimaliste, presque prétexte, mais c'est justement dans cette économie de mots que le jeu trouve sa force. Comme dans le premier épisode, la narration passe essentiellement par l'environnement, les fragments de mémoire qu'on récupère en possédant les différentes enveloppes, et une poignée de PNJ énigmatiques qui distillent leurs répliques au compte-goutte. On pense forcément à Dark Souls dans cette manière de laisser le joueur reconstituer lui-même le puzzle narratif, mais Mortal Shell II pousse le concept plus loin grâce à son système de possession : chaque enveloppe mortelle porte en elle des bribes de son histoire personnelle, ce qui donne une raison concrète et ludique de s'intéresser au worldbuilding plutôt que de le subir. L'écriture reste économe, parfois trop avare en explications directes pour les joueurs qui n'aiment pas creuser eux-mêmes le lore, mais elle a le mérite de la cohérence et d'un vrai sens de l'ambiance funèbre. Il ne faut clairement pas venir chercher ici la richesse de dialogues d'un Witcher 3 ou l'émotion frontale d'un Spiritfarer : c'est une histoire qui se mérite, qui se lit entre les lignes des décors et des objets ramassés. Les quêtes secondaires liées à certaines enveloppes apportent une vraie plus-value et donnent un supplément d'âme à ce qui aurait pu rester un habillage anecdotique. Le jeu assume pleinement son ton mature et sa noirceur, sans jamais verser dans la gratuité gore juste pour le spectacle.

🎮 PRISE EN MAIN ET GAMEPLAY

Le cœur du système reste la mécanique de possession des enveloppes mortelles, ces cadavres de guerriers déchus dont on peut habiter le corps pour hériter de leurs stats et de leur style de combat. Il y a neuf enveloppes au total dans cette suite, dont une cachée et une autre que l'on perd assez rapidement dans l'aventure, ce qui pousse à varier les approches plutôt qu'à se reposer sur un seul build du début à la fin. J'ai personnellement adopté une enveloppe axée sur la vitesse d'exécution avant de switcher vers un profil plus lourd et burst pour affronter un boss particulièrement retors dans la seconde moitié du jeu, et cette souplesse tactique fait toute la différence par rapport au premier épisode, plus rigide. Le fameux système de durcissement, la marque de fabrique de la licence qui permet de pétrifier son enveloppe pour encaisser un coup fatal sans mourir, a été affiné : il se recharge plus intelligemment et s'intègre mieux dans le rythme des affrontements, sans donner l'impression d'être une béquille de survie artificielle comme cela pouvait être le cas auparavant. L'absence de barre d'endurance classique change aussi la lecture des combats : on gère plutôt un curseur de posture et de riposte qui demande un timing très serré, proche par certains aspects de Sekiro dans sa dimension d'escrime millimétrée. L'exploration a été complètement repensée avec une carte assez grande qui demande une vraie réflexion pour être visitée dans son intégralité, articulée autour de zones distinctes allant des temples en ruines aux forêts obscures en passant par des citadelles d'ossements. J'ai adoré me perdre dans certains raccourcis verticaux qui rappellent le meilleur du level design façon Dark Souls premier du nom, avec ces boucles qui se referment sur elles-mêmes et procurent une satisfaction purement spatiale. Les combats de boss constituent clairement le point d'orgue du jeu : ils sont exigeants, parfois frustrants sur les premières tentatives, mais toujours justes une fois qu'on a percé leur pattern. Le démembrement des ennemis à l'exécution ajoute une vraie satisfaction viscérale, presque tactile, qui renforce l'aspect brutal des affrontements. Un reproche récurrent concerne toutefois le manque de points de téléportation et de repères sur la carte, qui allonge artificiellement certains trajets et peut agacer sur la durée.

🖥️ GRAPHISMES ET DIRECTION ARTISTIQUE

Visuellement, Mortal Shell II est une franche réussite qui confirme et amplifie tout ce que le premier épisode avait posé comme bases. Le jeu tourne sous Unreal Engine 5 et cela se voit immédiatement dans le rendu des matières, la gestion de la lumière dans les cryptes souterraines et le grain des armures qui dégagent une vraie impression de poids et de vétusté. La direction artistique assume totalement son parti pris de dark fantasy crasseuse, entre chairs décomposées, architectures grandioses tombées en ruine et créatures grotesques qui évitent soigneusement le simple copier-coller de bestiaire souls-like. Les décors de citadelles d'os et de forêts obscures marquent durablement la rétine, avec une cohérence visuelle qui donne l'impression d'un monde qui a réellement une histoire géologique et politique derrière lui. Les enveloppes elles-mêmes sont superbement modélisées, chacune avec un design d'armure distinctif qui traduit visuellement son style de combat avant même qu'on l'essaie. On sent une vraie ambition artistique derrière chaque zone traversée, loin du sentiment de reskin qu'on pouvait parfois ressentir dans le premier opus. Seul bémol, certains éléments de design d'objets et de décors rappellent un peu trop ouvertement Lords of the Fallen sur quelques inspirations visuelles trop évidentes, ce qui casse par instants l'impression d'une identité totalement affranchie.

▸ PERFORMANCES TECHNIQUES

Sur PC, l'optimisation est globalement une bonne surprise pour un studio de cette taille, avec un framerate qui reste stable en 1440p sur une configuration récente, même dans les zones les plus chargées visuellement. Les temps de chargement sont courts, autour de cinq à sept secondes lors des morts et retours au dernier point de sauvegarde, ce qui limite la frustration inhérente au genre. En revanche, il faut être honnête sur l'état du jeu en version 1.0 : plusieurs bugs sont présents, notamment lors de certains combats de boss où le personnage peut se retrouver téléporté hors de l'arène sans raison apparente, un souci qui m'est arrivé personnellement lors d'une confrontation contre un boss du milieu de jeu. Plus embêtant encore, certains joueurs rapportent des pertes complètes d'inventaire d'armes lors du combat final, obligeant à réinitialiser l'affrontement, un bug que je n'ai heureusement pas rencontré mais qui mérite d'être signalé. Ces couacs restent ponctuels et n'entament pas la stabilité générale de l'expérience, mais ils trahissent un manque de polish qu'on espère voir corrigé rapidement via un patch day one ou une mise à jour post-lancement. Sur consoles PS5 et Xbox Series, les retours de la communauté évoquent une expérience globalement comparable, sans écart de performance majeur signalé entre les plateformes, un point notable pour un studio indépendant qui ne dispose pas des moyens d'un AAA. Aucun crash total n'a été rapporté de mon côté sur mes trente heures de jeu, ce qui est plutôt rassurant pour une sortie récente.

🎵 SONORE ET BANDE ORIGINALE

La bande-son accompagne intelligemment l'ambiance funèbre du jeu, avec des thèmes orchestraux qui montent en intensité lors des combats de boss sans jamais surcharger l'oreille inutilement. Le sound design des coups, des parades et des exécutions procure une vraie satisfaction physique, chaque impact ayant ce poids sourd caractéristique des bons Soulslike. Il n'y a pas de doublage français à proprement parler puisque le jeu mise sur une narration environnementale plutôt que sur des dialogues abondants, mais les quelques voix présentes en anglais restent de bonne facture et servent efficacement le ton mature de l'aventure. Les ambiances sonores des différentes zones, du silence oppressant des cryptes aux bruissements inquiétants des forêts obscures, participent activement à l'immersion.

📦 CONTENU ET DURÉE DE VIE

Comptez une bonne trentaine d'heures pour boucler l'aventure principale en explorant à peu près consciencieusement les différentes zones, un chiffre cohérent avec les standards du genre et largement suffisant pour amortir le prix d'achat. Les neuf enveloppes mortelles à débloquer, dont certaines cachées, offrent une réelle incitation à la rejouabilité pour ceux qui veulent expérimenter tous les styles de combat proposés. Les quêtes secondaires liées à certains personnages ajoutent plusieurs heures de contenu optionnel qui enrichissent sensiblement le worldbuilding sans jamais donner l'impression de remplissage artificiel. La difficulté globale, exigeante mais jamais totalement injuste une fois les patterns de boss assimilés, encourage naturellement plusieurs tentatives et donc plusieurs heures supplémentaires de jeu. On regrettera cependant un système économique parfois punitif, avec une gestion de la monnaie et de l'exploration payante qui peut freiner l'envie de tout explorer à cent pour cent. Pour les complétionnistes qui visent le platine ou toutes les enveloppes, il faut plutôt tabler sur une quarantaine d'heures voire davantage selon l'aisance avec le genre.

▸ FACE À LA CONCURRENCE

La comparaison avec Elden Ring s'impose presque naturellement tant Mortal Shell II semble avoir digéré certaines leçons du geste de FromSoftware sur l'exploration ouverte et verticale, sans pour autant chercher à rivaliser en termes d'ampleur ou de moyens. Là où Elden Ring mise sur une liberté quasi totale et un monde ouvert démesuré, Mortal Shell II préfère une carte plus resserrée mais tout aussi dense en secrets et raccourcis, ce qui convient mieux à un format de jeu plus contenu et à un studio aux ressources limitées. Face à Lords of the Fallen, autre Soulslike récent qui partage certains partis pris visuels avec le titre de Cold Symmetry, Mortal Shell II l'emporte clairement sur l'originalité de son système de combat grâce à la mécanique de possession des enveloppes, quand Lords of the Fallen mise davantage sur la dualité de ses deux royaumes parallèles. Le système de hardening, unique à la licence, reste également un argument de différenciation fort que ni Elden Ring ni Lords of the Fallen ne proposent, offrant une gestion du risque et de la survie totalement différente des standards du genre basés sur l'esquive et le parry classiques.

⚖️ VERDICT FINAL

Mortal Shell II est la confirmation qu'un studio indépendant peut proposer une expérience Soulslike qui tient la comparaison avec les références du genre sans jamais sombrer dans le pur mimétisme. Les fans de la première heure trouveront ici une suite qui gomme intelligemment les défauts de son aîné tout en conservant son identité viscérale et sa noirceur assumée. Les joueurs exigeants qui aiment fouiller chaque recoin d'une carte pour en tirer tous les secrets seront comblés, à condition d'accepter quelques bugs de jeunesse encore présents en version 1.0. Ceux qui cherchent une narration frontale et généreuse en dialogues devront en revanche regarder ailleurs, tant l'écriture ici reste elliptique et exigeante à décrypter. C'est un jeu taillé pour les vétérans du genre en quête de nouveauté mécanique plutôt que pour les néophytes cherchant une porte d'entrée douce dans les Soulslike. Au final, une suite maîtrisée et ambitieuse qui mérite clairement sa place dans le haut du panier des productions indépendantes de 2026.

8.2
EXCELLENT
📱 PC/PS5/Xbox Series · 🏢 Cold Symmetry · 🎮 Action-RPG Soulslike
NOTE DÉTAILLÉE
8.2
EXCELLENT
Incontournable pour les fans du genre.
📱 PC/PS5/Xbox Series · Cold Symmetry
Gameplay
8.5
Graphismes
8.3
Son / Musique
7.5
Contenu
8.5
Rapport qualité/prix
8
✅ POINTS FORTS
  • Système de possession des enveloppes toujours aussi original et approfondi
  • Exploration verticale dense et gratifiante
  • Direction artistique noire et cohérente
  • Combats de boss exigeants mais justes
  • Bon rapport durée de vie / contenu pour un studio indépendant
❌ POINTS FAIBLES
  • Quelques bugs présents en version 1.0, notamment sur des boss
  • Manque de points de téléportation et de repères sur la carte
  • Narration trop elliptique pour certains joueurs
  • Système économique parfois punitif et frustrant
#Souls-like#Action-RPG#Dark Fantasy#Exploration#boss fights