3888 dollars, c'est le prix affiché sur Alibaba pour une RTX 5090 qui n'a plus rien d'une 5090 normale une fois qu'on regarde sous le capot. Shenzhen Suqiao Intelligent Technology, un fabricant chinois de cartes mères et serveurs qui tourne depuis plus de dix ans, a pris le die Blackwell GB202 d'une 5090 et l'a ressoudé sur un PCB custom capable d'accueillir 96 Go de GDDR7 en clamshell. Le résultat triple la mémoire d'origine à moins de la moitié du prix qu'une 5090 classique se négocie actuellement chez les scalpers américains.
Sur le papier, la carte garde le die GB202 et ses 21 760 CUDA cores, mais le PCB est entièrement custom pour loger les puces mémoire des deux côtés, exactement la méthode qu'utilise Nvidia sur sa RTX Pro 6000 Blackwell qui embarque nativement 96 Go de GDDR7 ECC sur bus 512-bit. La fiche produit Alibaba affiche des specs qui ne collent pas totalement à la réalité technique, avec des mentions de GDDR6X ou des vitesses mémoire à 14 Gbps qui n'ont aucun sens sur un die Blackwell. Le firmware serait modifié, potentiellement basé sur un firmware 5090 qui circulerait en fuite depuis plusieurs mois.
Côté performance gaming, cette carte ne sert à rien de plus qu'une 5090 stock : le die reste identique, donc les FPS en jeu ne bougent pas d'un pixel, qu'on soit en 1080p, 1440p ou 4K. La seule variable qui change, c'est la capacité mémoire, utile uniquement pour charger des modèles d'IA volumineux en local ou faire tourner de l'inférence LLM sans passer par le cloud. Sur un vrai benchmark gaming, une 5090 stock tourne autour de 165 FPS en 4K sur Cyberpunk 2077 avec ray tracing et DLSS activés ; cette carte moddée ferait rigoureusement le même score, l'argent supplémentaire de VRAM étant totalement invisible en jeu.
Le comparatif qui a du sens ici, c'est plutôt entre cette bricole et deux vraies options du marché IA/pro. La RTX Pro 6000 Blackwell Workstation Edition de Nvidia, avec ses 96 Go de GDDR7 ECC natifs et sa bande passante de 1792 Go/s, se vend officiellement autour de 8500 dollars : deux fois le prix de la carte moddée, mais avec un firmware certifié, une garantie constructeur et zéro risque de brique au premier redémarrage foireux. À l'opposé, une RTX 4090 48 Go moddée, la génération précédente du même genre de bricolage chinois, se trouve autour de 2800 à 3200 dollars sur les mêmes plateformes : moins chère, mais avec un die Ada Lovelace plus ancien et moins de bande passante mémoire, donc moins pertinente pour du gros calcul IA en 2026.
Le rapport qualité-prix de cette 5090 96 Go dépend entièrement de la tolérance au risque de l'acheteur. Sur le papier, 3888 dollars pour tripler la VRAM d'une carte qui coûte déjà une fortune en pénurie, ça paraît malin. En pratique, il n'y a aucune garantie constructeur, aucun SAV Nvidia, et un historique de firmwares modifiés qui plantent sous charge prolongée ou qui chauffent au-delà du raisonnable sur des designs blower bruyants à 80 dBA selon plusieurs retours de la communauté. Pour un usage gaming pur, cette carte n'a strictement aucun intérêt puisque les FPS ne changent pas d'un iota face à une 5090 stock à prix normal.
Ce produit s'adresse exclusivement aux bricoleurs IA en Chine qui cherchent à contourner les restrictions d'export américaines sur les puces haut de gamme, pas du tout aux joueurs. Pour qui cherche de la puissance gaming pure, une 5090 stock ou même une 5080 suffisent largement et coûtent moins cher au final si on inclut le risque de carte grillée. Pour qui a besoin de VRAM massive en toute légalité et avec garantie, la RTX Pro 6000 reste le choix logique malgré son prix d'entrée bien plus élevé.
Cette carte reste un produit de niche vendu uniquement sur Alibaba, sans date de disponibilité en Europe ni intention de Nvidia de valider quoi que ce soit. Le marché du mod chinois continue de grossir à mesure que les restrictions américaines se durcissent, et cette 96 Go n'est probablement pas la dernière itération du genre.
