Un troisième jeu Marvel en cinq ans chez Insomniac, ça pose forcément une question simple : combien de temps un studio peut-il tenir ce rythme sans se répéter ? Marvel's Wolverine sort cette semaine en exclusivité PS5, et selon les échos qui circulent, les premiers retours pointent justement du doigt un essoufflement du studio californien.
Ce n'est pas la première fois qu'Insomniac se retrouve dans cette position. Après Marvel's Spider-Man 2 en 2023, déjà critiqué pour recycler certaines mécaniques du premier épisode malgré des ventes énormes, le studio avait promis que Wolverine serait différent — plus sombre, plus brutal, construit sur un autre pilier de gameplay que le grappin-balancier. Sauf que le précédent de Spider-Man 2 plane forcément sur ce nouveau lancement : quand un studio enchaîne les productions dans le même univers avec les mêmes recettes de studio (traversée fluide, combat spectaculaire, structure open-world calibrée), le risque de lassitude grandit à chaque sortie, même quand la qualité technique reste au rendez-vous.
Sur le papier, Wolverine mise sur un ton plus adulte que les épisodes Spider-Man, un système de combat basé sur les griffes et la régénération de Logan, et une narration solo centrée sur la rédemption du personnage. Le jeu est une exclusivité PS5 pure, sans date de portage PC annoncée pour l'instant, ce qui tranche avec la stratégie multiplateforme que Sony a adoptée ces deux dernières années sur ses autres productions.
Là où ça devient intéressant, c'est en comparaison avec ce que fait le reste de l'industrie sur le segment super-héros. Rocksteady s'est cassé les dents avec Suicide Squad en misant sur le live-service, Warner Bros a mis Wonder Woman en pause chez Monolith, et seul Insomniac continue de sortir des jeux solo Marvel à un rythme industriel. Ça fait d'eux les seuls survivants crédibles du genre en AAA solo — un privilège qui devient aussi un piège si la formule commence à montrer ses limites créatives pendant que la concurrence a purement et simplement abandonné le terrain.
Ce qui m'inquiète surtout, c'est le signal que ça envoie sur la stratégie PlayStation Studios dans son ensemble : miser sur un seul studio pour porter toute une franchise Marvel pendant une décennie, c'est concentrer un risque énorme sur une seule équipe créative. Si Wolverine confirme cet essoufflement au-delà des premiers retours, Sony devra se poser la vraie question — laisser Insomniac souffler entre deux productions Marvel, quitte à ralentir le rythme de sortie, plutôt que de sacrifier la qualité sur l'autel du calendrier.
