BioWare n'existe plus. EA a confirmé ce 22 octobre 2026 la fermeture du studio canadien, entraînant l'annulation du prochain Mass Effect ainsi que d'un projet Sims, et des licenciements supplémentaires touchent au passage l'équipe Skate. Quelques heures à peine après l'annonce, un trailer du jeu annulé, visiblement nommé Mass Effect Universe, s'est retrouvé en ligne — une fuite qui ressemble fortement à un dernier geste de défiance d'anciens développeurs du studio.
Ce genre de fin brutale n'est pas nouveau chez EA. Visceral Games avait connu le même sort en 2017 après l'échec commercial de son Star Wars en monde ouvert, et Codemasters avait vu certaines de ses équipes absorbées puis vidées de leur substance après le rachat. Mais BioWare, c'était autre chose : le studio derrière Baldur's Gate, Knights of the Old Republic, Mass Effect et Dragon Age, l'un des noms les plus respectés du RPG occidental pendant deux décennies. Le voir disparaître purement et simplement, ce n'est pas juste une restructuration de plus, c'est la fin d'un pan entier de l'histoire du RPG.
Le projet annulé, celui dont le trailer a fuité, portait le nom de code Mass Effect Universe et avait été teasé dès décembre 2020 lors des Game Awards sans jamais vraiment décoller. EA a précisé de son côté recentrer ses efforts sur ce qu'elle appelle ses plus grandes opportunités, annonçant au passage deux nouveaux titres EA Sports et laissant entendre qu'un nouveau shooter serait en préparation chez Respawn et DICE — une piste qui recoupe les rumeurs sur un possible Star Wars: Battlefront 3 et un nouveau Battlefield évoqués par Variety le même jour.
Ce choix d'EA tranche radicalement avec la stratégie de ses concurrents directs sur le marché du RPG narratif. Larian a préféré se détourner de Baldur's Gate 3 pour se concentrer sur de nouveaux projets plutôt que de dissoudre son studio après un carton commercial, et CD Projekt continue d'investir massivement dans The Witcher malgré les déboires de Cyberpunk 2077 à sa sortie. EA, elle, referme le dossier dès que la rentabilité immédiate n'est plus au rendez-vous, quitte à sacrifier une licence qui avait vendu des dizaines de millions d'exemplaires sur sa seule trilogie originale. Entre un éditeur qui mise sur le temps long et un autre qui coupe au premier trimestre en demi-teinte, le contraste est total.
Cette fermeture confirme une tendance que je trouve de plus en plus inquiétante dans l'industrie AAA occidentale : les studios ne meurent plus d'un échec commercial unique, ils meurent de la logique financière trimestrielle des grands groupes cotés en bourse. BioWare n'a sorti aucun flop retentissant ces dernières années, il a simplement cessé de produire assez vite pour justifier son existence aux yeux des actionnaires. Si une licence comme Mass Effect, avec sa base de fans toujours active quinze ans après, ne suffit plus à sauver un studio, alors aucun nom ne sera jamais assez gros pour y échapper. Et ça, ça devrait inquiéter n'importe quel joueur attaché à un univers précis, qu'il s'appelle Mass Effect, Dragon Age ou autre chose.
